
By Jonathan Smidtas Schalita
À seulement 34 ans, Gabriel Attal est le plus jeune chef de gouvernement de la Ve République. Encore inconnu du grand public il y a peu, il a réussi en seulement quelques mois à s’affirmer comme une figure centrale de la vie politique française. Depuis sa prise de fonction le 20 juillet au ministère de l’éducation, sa capacité à réagir de manière proactive à l'actualité et à transformer les défis en opportunités a rapidement attiré l'attention.
Son premier fait d’arme ne se fait pas attendre. À la veille de la rentrée scolaire, la polémique enfle sur le port de l’abaya à l’école. Dès son arrivée en poste, Attal marque sa présence en se présentant comme le défenseur de la laïcité et déclare qu’ « on ne pourra plus porter d'abaya à l'école .»
Alors que la controverse sur l’abaya s’apaise, le pays est bouleversé par le suicide, le 5 septembre, d’un adolescent harcelé de 15 ans. Tandis que la presse soulève les failles de l’administration, Attal annonce un plan anti-harcèlement à l’école incluant la création de cours d’empathie et d’une cellule dédiée au harcèlement dans chaque rectorat.
Le mois suivant, la question du mal-être à l’école disparaît des médias tandis que les attaques terroristes du Hamas contre Israël le 7 octobre rappellent au monde le danger jihadiste. La France est attaquée le 13 octobre par un terroriste islamiste qui assassine dans une école Dominique Bernard qui tentait de protéger ses élèves. Alors qu’un hommage est prévu dans chaque classe, Attal exprime une fermeté notable et annonce l'exclusion des élèves perturbant l'hommage au professeur.
En outre, l’image de réformateur d’Attal est renforcée lorsqu’il déclare en novembre qu’« il faut revoir le tabou du redoublement » , quelques semaines avant la parution du classement PISA qui évalue les performances scolaires des élèves de 15 ans des pays de l’OCDE.
Le 5 décembre, le classement PISA révèle une baisse significative du niveau des élèves français, particulièrement en mathématiques et en français. Sans attendre, le ministre de l'Éducation nationale tient le jour même une conférence de presse pour présenter une série de mesures visant à rehausser le niveau des élèves. Parmi celles-ci figurent la création de classes de niveau, le retour du redoublement sur décision des professeurs ou encore l'exigence d'obtenir le brevet pour accéder au lycée.
Sa stratégie, consistant à occuper l'espace médiatique et à multiplier les annonces, s’est avérée d'une grande efficacité. Le baromètre politique Ipsos-Le Point le crédite en décembre de 40% d'opinions favorables, le plaçant ainsi en tête des personnalités politiques préférées des Français, devant Édouard Philippe (39%) et Marine Le Pen (37%).
Le 8 janvier, le président Macron nomme son ministre de l’Éducation nationale Premier ministre. Il explique son choix à des proches en mettant en avant sa popularité, sa jeunesse et ses aptitudes pour conduire la bataille des élections européennes, selon des propos rapportés par le journal satirique Le Canard enchaîné.
Bien que l’élection présidentielle de 2027 soit encore lointaine, Gabriel Attal semble actuellement bien placé dans la course à la succession d’Emmanuel Macron. S’il reste Premier ministre jusqu’à la fin du quinquennat, il lui reste trois années pour obtenir des résultats et relever le pays. Le défi est cependant de taille dans un contexte économique dégradé et en l’absence d’une majorité nette à l’Assemblée Nationale pour voter ses futures lois.
