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L'exécution de Kenneth Smith: une rupture dans l'application de la peine de mort aux Etats-Unis

By Salomé Greffier

Les Etats-Unis présentés comme terre mère de la démocratie et du libéralisme politique et économique sont aussi un état-continent appliquant toujours la peine de mort sur leur sol. Un pays, considéré comme la première puissance mondiale, qui laisse en effet vingt deux de ces états fédéraux condamner des criminels à la peine capitale. Un paradoxe soulevant des questions socio-politiques qui, malgré les interpellations, ne semblent guère faire agir la communauté internationale. Alors que 1 583 exécutions ont été répertoriées depuis 1977 sur l’ensemble du territoire, le 25 janvier dernier marque un tournant dans l’application de la peine de mort sur le sol étasunien. L’Alabama, état défenseur de la mise en vigueur de cette sentence, exécute Kenneth Smith par inhalation d’azote. Ce meurtrier âgé de 58 ans avait été condamné par le juge en charge de l’affaire à la peine capitale pour avoir commis le meurtre commandité d’Elizabeth Sennett en mars 1988. Kenneth Smith avait été payé par le mari de la victime, Charles Sennett Sr., pasteur et propriétaire du criminel, pour perpétrer l’assassinat. Suite à une tentative avortée d’application de sa peine, en novembre 2022, le condamné s’est vu imposer une exécution par une méthode non testée auparavant: l’hypoxie à l’azote. La Cour suprême avait en outre autorisé le procédé malgré l’objection de ses trois juges libéraux et les inquiétudes des opposants à la peine de mort, estimant que cette méthode pourrait potentiellement infliger des souffrances au condamné. Le procureur général de l’Alabama aurait, quant à lui, affirmé que l’azote gazeux “provoquerait une perte de conscience en quelques secondes et causerait la mort en quelques minutes”, rapporte l’agence Associated Press. Pourtant, la durée de l’exécution semble avoir donné raison aux préoccupations des libéraux et activistes luttant contre la peine de mort. Selon des témoins, la pénitence aurait en effet duré vingt deux minutes, entre le moment où le masque fut apposé sur la figure de Kenneth Smith et la déclaration de sa mort. Un délai également dénoncé par le conseiller spirituel du condamné, Jeff Hood, interrogé par la chaîne de télévision CNN. Il confie en ce sens qu’il n’avait jamais assisté à une telle exécution et qu’elle s’élèverait, d’après lui, au rang de la torture. (“I have never, ever seen anything like that [...] That was torture”) Par conséquent, l’essai de cette nouvelle méthode d’exécution, consistant à étouffer la personne à l’aide d’un gaz, soulève des questions morales et éthiques au delà du politique. 


Le problème dans ce cas n’est plus de savoir si la personne doit mourir pour le crime qu’elle a commis mais si celle-ci mérite d’être tuée en souffrant. L’histoire de la peine de mort aux Etats-Unis est à ce sens parsemée de condamnations ayant intenté à l’intégrité physique du condamné à cause d’aléas techniques. L’exemple de l’exécution de William Kemmler à la chaise électrique en août 1890 demeure dès lors significatif. Le condamné, après s’être vu infliger près de vingt secondes de courant électrique haute tension, perdit seulement connaissance, forçant les gardiens à réitérer l’opération malgré la souffrance de William Kemmler. Il en va de même pour toutes les innovations de techniques de mise à mort telles que la chambre à gaz ou l’injection létale. Chacune d’entre elles a été expérimentée sur un humain, un cobaye, au mépris du respect de la dignité et de l’intégrité humaine. Ainsi, la technique développée par l’Alabama semble nier les principes fondamentaux qui régissent le droit international relatif aux prisonniers. Volker Turk, le haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme s’est alors emparé de la controverse en déclarant que l’étouffement par azote gazeux pourrait s’apparenter à de la torture ou à un traitement cruel et dégradant ( “I deeply regret the execution of Kenneth Eugene Smith in Alabama despite serious concerns this novel and untested method of suffocation by nitrogen gas may amount to torture, or cruel, inhuman or degrading treatment.”) Malgré cette dénonciation, il sera intéressant de se pencher sur les actions et condamnations possibles envers l’Etat de l’Alabama ou les Etats-Unis en général, de la part de la communauté internationale. Aux portes du couloir de la mort, les derniers mots prononcés par Kenneth Smith résument finalement tout l’enjeu soulevé par sa condamnation et méritent réflexion : “Tonight, Alabama caused humanity to take a step backward.” ( “Ce soir, l’Alabama a fait reculer l’humanité”). 


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