
By Salomé Greffier for UNICEF
November 30, 2023
Le 7 octobre 2023 au matin, des milliers de roquettes déchirent le ciel entre la bande de Gaza, en Palestine, et le territoire israélien. Un mois après l’opération “Déluge d’Al Aqsa” perpétrée par le groupe terroriste du Hamas, l’escalade des hostilités a provoqué la mort de plus de dix mille personnes, majoritairement des civils. Cette nouvelle déclaration de guerre entre Israël et Palestine s’ajoute à la liste trop longue des conflits de notre siècle. Des guerres habitées par des divisions ethniques et religieuses, opposant des Etats souvent déliquescents à des groupes armés terroristes ou non, sur un fond d’inégalités profondes imposées par la mondialisation. Ainsi, Bertrand Badie et Dominiques Vidal dans “Nouvelles guerres, Comprendre les conflits du XXI° siècle” (2016) soulignent les changements de nature des conflits actuels. Asymétriques, transnationales et commercialisées, les violences se dirigent principalement vers les civils, en dépit du droit international humanitaire. En effet, la quatrième convention de Genève de 1949 énonce des principes tels que la distinction entre civils et combattants, la proportionnalité et la précaution dans l’attaque ainsi que l’interdiction des maux superflus et la protection des bâtiments civils. Alors que ce texte de loi dénombre 196 parties, soit 196 pays l’ayant reconnu et/ou ratifié, la guerre (que l’on pourrait adjoindre d’un pluriel) israélo/palestinienne témoigne de sa violation; les civils demeurant toujours les premières victimes du conflit. A l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant le 20 novembre, l’exposition des mineurs à la brutalité de la guerre retiendra notre attention.
Pour Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, Gaza “devient un cimetière pour enfants” et réitère ses appels à un cessez-le-feu immédiat. Dès les premières heures du conflit, l’organisation internationale et son agence, l’UNICEF, ont appuyé la nécessité de l’arrêt total des attaques armées, de l'acheminement de l’aide et de la libération des enfants enlevés. Malgré ces cris d’alerte, au 5 novembre, le bilan faisait état d’au moins 4 008 enfants décédés dans la bande de Gaza, 7 695 blessés et 1 150 portés disparus. Cela représente 400 enfants tués ou blessés par jour sous seulement 25 jours de conflit. Du côté israélien, les otages toujours retenus par les forces du Hamas comptent de nombreux enfants.
Au delà de ce conflit, entre 2005 et 2020, les Nations Unies ont vérifié plus de 266 000 violations graves contre des enfants commises par des parties lors de conflits en Afrique, Asie, au Moyen-Orient, en Amérique latine et récemment en Europe avec la guerre russo-ukrainienne. Tués, mutilés, enlevés, violés, exploités sexuellement, les enfants sont touchés dans leur chair. Nous pensons dès lors aux enfants-soldats du Libéria, de Sierra Leone ou encore du Népal. La prostitution infantile touche tous les continents et particulièrement au Pakistan, Inde, Kenya ou encore le Brésil. De plus, il est nécessaire de considérer les impacts psychologiques relatifs aux violences commises envers les enfants, qui les suivent dans leur vie, comme un rappel constant des actes qu’ils ont subi. De même, l’accès à l’éducation, à l’eau, à la santé, sont des défis à relever pour les organisations internationales et associations. Enfin, les déplacements migratoires d’enfants restent une problématique pour l’UNICEF. Le Soudan demeure ainsi la plus grande crise de déplacements d’enfants au monde, avec 3 millions de mineurs fuyant la violence généralisée. Au total, ce sont plus de 43,3 millions d’enfants qui se trouvent forcés de quitter leurs domiciles. La majorité sont déplacés à l’intérieur de leurs pays d’origine.
Le rapport de l’UNICEF “25 years of children and armed conflict: Taking action to protect children in war” (2022), traduit, selon Catherine Russell, directrice générale de l’organisation, de “l’incapacité du monde à protéger ses enfants contre les violations graves commises en période de conflit armé”. Un aveu de faiblesse, rappelant à chaque partie leur responsabilité dans les conflits. Cette culpabilisation engage non seulement les Etats, mais aussi les organisations non gouvernementales et groupes armés à se soucier davantage des risques qu’ils pourraient encourir à l’avenir en sacrifiant des générations. Porter atteinte à l’intégrité des enfants met en péril la paix, la stabilité et la sécurité future globale. Construire la paix à partir d’un cercle de violences intégrées dans les représentations individuelles semble être vain. Néanmoins, si l’on en croit les mots de Françoise Héritier, l’éducation et la considération de l’autre en tant qu’être digne de respect et de considération, propose une issue à ces trappes de brutalités: “La seule manière de sortir de la violence consisterait à prendre conscience des mécanismes de répulsion, d'exclusion, de haine ou encore de mépris afin de les réduire à néant grâce à une éducation de l'enfant relayée par tous.”
