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Vous Voulez Savoir Plus Sur les Kurdes? C'est Par Ici

By Amalia Heide

March 31, 2023

Lorsque la question des nations sans états indépendants est abordée, on pense souvent aux Palestiniens, aux Tibétains, aux Berbères. À cette liste des “opprimés des opprimés” , il faudrait rajouter les Kurdes , considérés comme étant, parmi les peuples sans État, le plus démographiquement nombreux dans la région du Moyen Orient. La distribution du peuple kurde dans différents États, et donc sous différents régimes politiques, nous amène à nous questionner sur l’évolution régionale du nationalisme kurde depuis sa naissance au début du XXe siècle. Faisons un récapitulatif historique.


Historiquement, les mouvements nationalistes kurdes ont tous revendiqué un État kurde indépendant, que ce soit pour le PKK en Turquie, le PYD en Syrie, ou les kurdes irakiens (GRK) et iraniens. Le sujet de la création d’un État Kurde indépendant avait été envisagé dans le traité de Sèvres en 1920 après la chute de l’empire ottoman mais n’avait pas connu suite du fait du refus du fraichement constitué Etat turc nationaliste à perdre des territoires ainsi que du besoin du Royaume-Uni de contrôler rapidement la région, où l’on avait récemment découvert du pétrole. Se signa ainsi le traité de Lausanne en 1923 pour remplacer le traité de Sèvres. Celui-ci prévoit la création de l’État syrien sous le contrôle de la France et du Royaume de l’Irak sous contrôle du Royaume-Uni. Pas un mot sur le statut des Kurdes ne figure sur le traité. Les kurdes se trouvent ainsi dispersés entre la Turquie, la Syrie, la Perse et l’Irak. Leur lutte pour la revendication qui s’ensuit s’est souvent traduite en mouvements politiques qui ont connu des répressions très violentes notamment de l'État Irakien avec le massacre de Halabja en 1988 avec des armes chimiques. En Turquie, les répressions contre le PKK ont même poussé ce dernier à évoluer sur sa position à la fin des années 90 et début 2000 pour passer d’une revendication indépendantiste à une revendication autonomiste, et à un changement de méthode qui implique en principe moins de violence. Néanmoins, cette évolution est à nuancer puisque le PKK est encore reconnu comme étant une organisation terroriste par beaucoup de pays tels que les Etats-Unis et l’Union Européenne. Les violences et les attentats ne sont pas disparus. 


Le susdit massacre de Halabja en Irak a suscité un important émoi de la communauté internationale. Cette agitation a permis aux États Unis d’instrumentaliser la question des nationalismes kurdes dans le cadre de la première guerre du golfe en incitant ces derniers à la révolte afin de déstabiliser l’Irak. À la suite de cette guerre, les Kurdes en Irak ont pu établir une zone autonome qui a ensuite reconnu la pleine reconnaissance de l'État irakien dans la constitution de 2005 après la chute de Saddam Hussein. Le Kurdistan irakien est toujours là et constitue la forme la plus institutionnalisée et stable d’un État kurde après l’existence éphémère de la République kurde de Marhaba en Iran en 1946. En 2017, un référendum a été organisé dans cette région de l’Irak sur la question de l’indépendance qui a obtenu 92.73% de votes en faveur. Contrairement aux attentes, ce référendum a été une source importante de divisions. En effet, les mouvements kurdes ne sont pas unis et de nombreuses divisions persistent encore aujourd'hui. 


Étonnamment, la question de l’autonomie ou l’indépendance est une source de désaccord important entre les mouvements nationalistes kurdes car certains ont changé leur position et leur angle de lutte. C’est le cas notamment en Turquie , où le parti politique kurde (PYD) fut créé en 2015  ayant pour objectif un Etat autonome démocratique, égalitaire, pacifique et écologiste dans le respect des frontières turques. Il s’agit d’un parti ayant des relations proches avec le PKK mais qui ne soutient pas publiquement leurs actions violentes. Cette nouvelle idéologie fut exportée au mouvement en Syrie. L’évolution dans ces revendications du mouvement kurde va totalement à l’encontre du nationalisme kurde en Irak, où le discours indépendantiste « pankurdiste » est certes en voie de disparition , mais où l’on cherche activement la mise en place d’un État-nation « kurdistanais irakien ». Cet affaiblissement d’un sentiment d’appartenance commune kurde et donc les divergences de revendications expliquent pourquoi à présent nous devons parler des nationalismes et non d’un nationalisme kurde. 


En outre, les soutiens de puissances étrangères à certains mouvements kurdes ont participé à augmenter les tensions entre les différents mouvements qui ont parfois évolué jusque vers des luttes armées. C’est le cas de l’Irak soutenant les kurdes iraniens et inversement l’Iran soutenant les kurdes irakien pendant la guerre de 1980-1988, ce qui fait que les deux groupes kurdes s’affrontent à plusieurs reprises. Pour mettre un exemple plus récent, le jeu d’alliance dans la région fit que, lors des révoltes contre Bachar-Al Assad en Syrie, le GRK (les kurdes d’Irak) étaient soutenus par la Turquie tandis que la Turquie était du côté de l’opposition syrienne. Au contraire , le PYD (groupe kurde de Syrie) soutenait (au moins au début) le régime syrien. Comme le PYD et le PKK sont proches idéologiquement et que le régime turc et les Kurdes de Turquie ne s’entendent pas très bien, à la fin, nous voyons que le PYD et le PKK s’opposent dans ce jeu d’alliances. C’est hallucinant de voir l’impact que les intérêts des puissances extérieures peuvent avoir sur des mouvements qui étaient à l’origine extrêmement proches.

Mais cette discordance et tensions entre mouvements kurdes est à nuancer. Même s'il existe des divergences et même des conflits d'intérêts, il existe encore une certaine solidarité kurde transfrontalière qui fait preuve de l'existence encore latente d'une identification commune. Un exemple est la prise en charge de réfugiés lorsque se produisent des persécutions de la part des Etats. Celui-ci est le cas à présent avec les jeunes kurdes iraniens, victimes des répressions actuelles de la part de l'Etat Iranien suite au mouvement social, qui fuient et sont accueillis par le Kurdistan irakien.

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