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Décryptage des Élections Présidentielles de 2022

By Morgane Abbas

April 30, 2022

Décryptage des élections présidentielles de 2022

Nous sommes le dimanche 24 avril, il est 20:26, et cela fait maintenant approximativement une demi-heure que le peuple français a démocratiquement élu le Président de la République française, Emmanuel Macron, pour les cinq années à venir. Il s’agit de la douzième élection présidentielle à avoir lieu sous la cinquième République. C'est également le second et dernier quinquennat du président, tel que le dispose la Constitution depuis la réforme de 2008. Cette journée a été décisive pour l’avenir de la France et l’on concède facilement que c’est à l’image d’une période de campagne mouvementée qui a fait surgir de nombreux rebondissements. Son intensité offre une consistance certaine à la réflexion et à la rétrospective: retour sur les élections présidentielles françaises de 2022.


Les résultats du premier tour:

Le verdict est tombé aux alentours de 20 heures le 10 avril dernier: déception pour les uns, soulagement pour les autres ou encore indifférence pour certains, des allures familières de 2017 refont surface puisque se sont vus de nouveau affronter au second tour le président sortant Emmanuel Macron et la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen. Avant cela, ce sont 12 candidats portant une vision bien spécifique de la France qui se sont livrés à un combat féroce pour convaincre le maximum de français de voter pour eux le jour du scrutin.


Les scores respectifs obtenus sont les suivants: 27.85% des voix pour le candidat Emmanuel Macron de “La République en Marche”, 23.15 % pour la candidate Marine Le Pen du “Rassemblement National” , 21.95 % pour le candidat Mélenchon de “La France Insoumise”, 7.07 % pour le candidat Eric Zemmour de “Reconquête”, 4.78 pour la candidate Valérie Pécresse des “Républicains”, 4.63 % pour le candidat Yannick Jadot de “Europe Ecologie les Verts”, 3.13% pour le candidat Jean Lassalle de “Résistons”, 2.28 % pour le candidat Fabien Roussel du “Parti Communiste Français” , 2.06 % pour le candidat Nicolas Dupont-Aignan de “Debout la France”, 1.75 % pour la candidate Anne Hidalgo du “Parti socialiste”, 0.77 % pour le candidat Philippe Poutou du “Nouveau Parti Anticapitaliste”et enfin 0.56% pour la candidate Nathalie Arthaud de la “Lutte ouvrière”. On le constate clairement , bien que le duel final se répète, on observe une reconfiguration de l’espace politique autour de trois principaux pôles: celui de l’extrême gauche, du centre et de l’extrême-droite. En effet, avec pourtant un candidat de plus qu’en 2017 dans la course (dont 7 communs entre les deux élections), les pourcentages de voix recueillis par Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont en hausse par rapport à ceux d’il y a cinq ans. Ils se situent tous au-dessus du cap des 20 % et clairement loin devant tous les autres candidats, le quatrième, Eric Zemmour, ne recueillant approximativement que 7 % des voix. Le président sortant récolte donc 3.84 % de voix de plus que par rapport aux dernières élections, cette hausse étant de 1.85 % pour la représentante du RN et de 2.37 % pour le candidat de LFI. Pourtant, en 2017, ce fut plutôt une répartition quadripartite des voix qui se dessina, avec la figure en plus du républicain François Fillon, qui se hissa à la troisième position du classement, juste devant Jean-Luc Mélenchon.


Succès des extrêmes, déclin des partis traditionnels: choc ou prévision ?

Ces constats démontrent bien que la France de 2022 n’est pas celle de 2017, que beaucoup de choses ont profondément changé l’allure du paysage politique. D’abord, et c’est bien là le plus frappant, cette élection semble sans aucun doute être celle de l’ascension fulgurante des extrêmes au détriment des partis traditionnels de gauche et de droite, qui doivent faire face à une déception amère. Notons que ce choix des français s’inscrit dans une importance particulière donnée à la thématique du pouvoir d’achat, qui arrive en tête des préoccupations des français selon une enquête menée par IPSOS. L’extrême droite (Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignan) à elle seule récolte 32.28% des voix, soit presque un tiers des suffrages exprimés, ce qui est considérable, quand l’extrême gauche (Mélenchon, Roussel, Poutou, Arthaud) a quant à elle convaincue 25.56 % des électeurs. Au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, ces chiffres n’étaient respectivement que de 26 % et de 21.31 %. Face à cette percée significative, les socialistes et les républicains ont bien triste mine à l’annonce des résultats. Ensemble, la maire de Paris, Anne Hidalgo, et la présidente du Conseil régional d’Île-de-France, Valérie Pécresse, ne dépassent pas 6.6 % des voix. Cela signifie qu’un candidat comme Eric Zemmour, se présentant pour la première fois à l’élection présidentielle et dont le parti “Reconquête” ne fut créé il n’y a approximativement qu’un an, a eu une capacité à mobiliser supérieure à celle des deux partis traditionnels de la Cinquième République. Cela témoigne donc de manière assez flagrante d’une reconfiguration et d’une remise en cause du clivage gauche-droite traditionnel, bien que ce dernier n’ait pas disparu.


Ayant mentionné la défaite cuisante du PS et de LR au scrutin du 10 avril 2022, peut-on pour autant affirmer que la dynamique de déclin est la même chez les deux partis ? Pas exactement. La descente aux enfers du Parti Socialiste n’est pas récente et les résultats obtenus par le parti s’inscrivent dans la continuité d’un processus déjà engagé. En 2017, Benoît Hamon ne récoltait alors que 6.36 % des voix. Difficile de croire que ce parti accédait à la présidence il y a quelques années seulement, en 2012. Mais le quinquennat de François Hollande, notamment marqué par les divisions internes du parti entre les politiques mises en place par les chefs du gouvernement successifs (Ayrault, Cazeneuve, Valls) et la contestation des “frondeurs” met à mal la popularité et la crédibilité du chef de l’Etat, notamment vis-à-vis de ses électeurs. On se rappelle par exemple de la polémique autour du Pacte budgétaire européen ou du passage en force de la loi El Khomri via l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution. En somme, le PS n’a jamais fait pire comme score dans son histoire, et une rupture de confiance avec son électorat traditionnel semble bien avoir eu lieu. La campagne électorale d’Anne Hidalgo qui a eu énormément de mal à être lancée et l’échec de sa proposition pour une primaire de la gauche expliquent des intentions de vote déjà très faibles et créditées à moins de 2%. Du côté de Valérie Pécresse et de ses soutiens, l’ampleur de la déception et la surprise sont d’autant plus grandes, dans un premier tour où l’engouement autour de la candidate s'est fait ressentir à maintes reprises. L’enquête électorale 2022 réalisée par IPSOS révèle qu’en décembre 2021, celle-ci récoltait 17 % des intentions de vote au premier tour.


Et bien que ce score n'a cessé de décroitre au fur et à mesure de la campagne, la neuvième vague de l’enquête (du 2 au 4 avril), soit une semaine en amont de la campagne, lui attribuait pourtant une intention de vote de 8.5 %, soit presque le double de son score avéré. L’écart est réellement considérable avec François Fillon, qui était arrivé en 2017 en troisième position, en récoltant 20.01% des suffrages. D’ailleurs, selon cette même enquête IPSOS, parmi les français qui ont voté pour François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, qui étaient certains d’aller voter au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 et qui ont exprimé une intention de vote, seulement 32 % d’entre eux avaient l’intention de voter pour Pécresse, contre 34% pour Emmanuel Macron et au total 28 % pour l'extrême droite. Ce transfert massif des votes vers le centre et l’extrême-droite témoigne de la difficulté que rencontre la droite républicaine à mobiliser son électorat traditionnel. Les raisons pour une telle désaffection se trouvent tant du côté du fond que de la forme. Le flou idéologique et le manque de repères programmatiques clairs pendant la campagne, en tentant de s’attirer les faveurs d’un électorat diversifié, a fini par se retourner contre la candidate qui n'a pas su incarner une dynamique transcendante. Principalement entre Eric Zemmour et le président sortant, Valérie Pécresse est passée dans l’ombre, asphyxiée des deux côtés, et menant les Républicains au plus bas score qu’ils n’aient jamais obtenu lors d’une élection présidentielle. Du côté de la forme, on peut par exemple se rappeler de la difficulté qu’a expérimenté la candidate à galvaniser les foules lors de son meeting au Zénith, jugé “raté” pour beaucoup, y compris elle-même. Notamment,le le ressenti d’un manque de naturel dans la prise de parole a joué en sa défaveur. N’ayant pas atteint, de même que Yannick Jadot, la barre des 5 % des voix pour le remboursement de sa campagne par l’Etat, la candidate, endettée personnellement à hauteur de 5 millions d’euros, s’en est remise à lancer un appel aux dons auprès des français.


Les reproches du premier tour

L’émergence de trois pôles, défiant la configuration traditionnelle de la vie politique française, s’explique grandement par la stratégie du vote utile. Ainsi, la candidate d’extrême droite Marine Le Pen a pu bénéficier du vote utile de l’extrême droite, récupérant notamment un nombre de voix des soutiens d’Eric Zemmour beaucoup plus important que ce que les sondages prédisaient. Emmanuel Macron a quant à lui, concentré en plus de son électorat initial une partie significative de celui de la droite républicaine classique, s’étant détourné de la candidature de Valérie Pécresse. Finalement, il est impossible d’évoquer le rôle du vote utile sans mentionner son influence sur le score remarquable réalisé par La France Insoumise. La candidature de Jean-Luc Mélenchon a en effet été au centre d'une stratégie de concentration des différentes sensibilités de la gauche, de mobilisation de masse, notamment encouragée par les réseaux sociaux auprès des jeunes. Malgré un score tout à fait éclatant, la stratégie du “vote utile” ne semble pas avoir permis au parti de se hisser au second tour. Au contraire, au vu de l’écart sensiblement petit qui séparait Jean-Luc Mélenchon de Marine Le Pen (un peu plus de 420 000 voix), la frustration provoquée a conduit à une profusion des critiques envers certains candidats de gauche, notamment Fabien Roussel. Rappelons alors que les voix récoltées par celui-ci sont plus importantes que l’écart entre le Rassemblement National et La France Insoumise. De plus, l’échec de la Primaire Populaire qui avait pourtant initié une dynamique inédite a néanmoins vu la gauche plus dispersée que jamais pour la ligne de départ du premier tour, avec pas moins de 6 candidats. Finalement, ces éléments auront joué en défaveur du peu de voix qu’ils restait à Jean Luc Mélenchon pour accéder au duel final. D’ailleurs, si ce dernier a catégoriquement refusé dès le début de reconnaître le score de la Primaire Populaire (étant inscrit “malgré lui”) pour divergences idéologiques importantes avec d’autres candidats qui empêcheraient selon lui le succès et le réalisme d’une union de la gauche, peut-être y a t-il alors plusieurs gauches.


Cette dispersion dans le grand camp de la gauche n’est pas le seul facteur ayant attisé la colère d’une partie des électeurs pendant ce premier tour. Le refus d’Emmanuel Macron de débattre avec les autres candidats, une manière donc d’“esquiver” la période de campagne présidentielle, a fait beaucoup débat. Pour beaucoup, il s’agissait d’un moyen pour le président-sortant d’éviter de se confronter au bilan de son quinquennat écoulé, marqué par une fracture sociale importante et une série de crises inédites. Sauf que pour beaucoup également, cela empêche le débat démocratique et transparent nécessaire à la prise de décision des électeurs avant de se rendre aux urnes, et entacherait donc potentiellement la légitimité du résultat. Emmanuel Macron, lui, contre-argumente en rappelant la tradition historique des présidents qui l' ont précédé, qui eux aussi ont mené leur campagne électorale via d’autres moyens que celui du débat avec les autres candidats. En couplant cela a des éléments de contexte tels que l’émergence du conflit ukraino-russe ou la présidence française au sein du conseil de l’Union Européenne qui le favoriseraient, le président sortant à réussi à se hisser au second tour malgré un bilan quinquennal jugé désastreux pour un nombre important de français.


Une redistribution des voix déterminante

À l’annonce des résultats le dimanche 10 avril et à seulement deux semaines du deuxième tour, les candidats écartés de la course n’ont pas attendu longtemps pour donner des consignes de vote à leur électorat. Dans un contexte où l’extrême droite accède pour la troisième fois de son histoire au second tour de l’élection présidentielle, étant plus proche du pouvoir que jamais, certains candidats n’ont pas hésité à souligner la nécessité urgente d'empêcher le Rassemblement National de se hisser en tête du scrutin le 24 avril. Les deux seuls candidats éliminés au premier tour ayant appelé à se diriger vers Marine Le Pen sont sans grande surprise ceux d’extrême droite: Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. En ce qui concerne les autres, cette volonté de lui faire barrage s’est exprimée par différentes stratégies. Pour certains, comme Valérie Pécresse, il s’agit de concentrer les voix vers le président-candidat, elle affirme alors: “Je voterai en conscience Emmanuel Macron pour empêcher l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen et le chaos qui en résulterait”, ce qu’ont également fait la socialiste Anne Hidalgo ou encore l’écologiste Yannick Jadot. D’autres ont appelé à stopper la percée de Marine Le Pen sans pour autant inciter les électeurs à mettre dans l’urne le nom d’Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon, dans une prise de parole brève et combative, a insisté plusieurs fois à la suite qu'”il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen”. Quant à Philippe Poutou, il a déclaré dans la même dynamique que “pas une voix ne doit aller à l’extrême-droite.


Deux finalistes à l’image controversée

Bien que réunissant les deux mêmes candidats qu’il y a cinq ans, les dynamiques de l’entre-deux tours sont loin d’être les mêmes. Ce qui les sépare ? Un quinquennat. Et si l’on vient de constater qu’une rhétorique anti-FN n’est plus pour autant synonyme d’un encouragement vis-à-vis du président sortant, c’est parce que ce dernier se trouve dans une situation beaucoup plus contestée qu’en 2017, avec un bilan quinquennal très débattu. Son mandat fut celui des crises et pour en citer quelques unes : gilets jaunes, gestion de celle du coronavirus, crise de l’hôpital, ou encore tout récemment: guerre en Ukraine. Bon nombre de français lui reprochent au cours de ces cinq années au pouvoir d’avoir cristallisé les tensions au sein de la société française, et ne se reconnaissent donc pas ou plus dans le projet politique, économique et social qu’il propose. Ayant en face de lui une candidate d’extrême-droite dont la radicalité des idées n’est plus à prouver, bien qu’atténuée par l'émergence d’Eric Zemmour dans le champ politico-médiatique et la stratégie de dédiabolisation: le choix du second tour n’en était donc pas réellement un. Dans la dixième vague de l’Enquête électorale 2022 réalisée par IPSOS du 15 au 18 avril 2022, 35 % des personnes interrogées n'envisageant pas d’aller voter lors du second tour de l’élection présidentielle expliquent le faire car aucun des deux candidats encore en liste ne correspond à leur attente. De plus, 24 % d’entre eux affirment ne pas aller voter car ils refusent de choisir entre deux candidats qu’ils rejettent totalement. Lorsqu’au cours de cette même vague, l’enquête s’intéresse aux raisons poussant ceux qui votent blanc ou nul à le faire, 49 % d’entre eux, soit presque la moitié, affirment également qu’ils refusent de choisir entre deux candidats qu’ils rejettent totalement. En outre, lorsque IPSOS demande aux sondés de noter Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur une échelle de 1 à 10, les deux candidats obtiennent respectivement une moyenne de 4,1 et de 3,8, ce qui démontre bien que la côte de popularité des deux finalistes chez les électeurs, via cet échantillon représentatif, n’est pas très haute.


Une campagne de l’entre-deux-trous sous l’angle de l’adaptation

Au vu de ces éléments, les sondages effectués prévoyaient un écart entre le président sortant et Marine Le Pen beaucoup plus resserré qu’en 2017. Cela, Emmanuel Macron ne pouvait pas l’ignorer, s’est donc opéré une changement de stratégie du candidat pendant l’entre-deux-tours. S’il est resté relativement discret pendant le premier tour, il a tenté pendant les deux semaines qui lui restait de convaincre au maximum l’électorat qui lui était défavorable, surtout celui de gauche, déçu des cinq années passées au tournant néo-libéral. En effet, des thèmes à l’instar du bilan écologique, de la répression policière, des violences faites aux femmes, de la loi sur le séparatisme, du passage de l’ISF à l’IFI, de la réforme des retraites ou encore de la réforme du Code du Travail ont réellement fracturé la relation de confiance avec le président. Pourtant, c’est notamment la redistribution des votes de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon qui allait être déterminante dans le résultat du second tour. Dans la dixième vague, lorsque IPSOS demande aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour qui ils souhaitent voir gagner au second tour, plus de la moitié, 52 %, affirme ne pas vouloir voir gagner aucun des deux candidats. Seulement 32 % d’entre eux se prononcent en faveur d’Emmanuel Macron. Plus surprenant encore, un taux de 16 % se dit en faveur d’une victoire de Marine Le Pen, ce qui est considérable pour une candidate se situant à l’autre extrémité de l’échiquier politique. Ce taux est d’ailleurs en hausse par rapport à 2017. L'habileté du Rassemblement National à proposer une offre politique attrayante auprès des classes populaires (même chez des individus se situant initialement à gauche, ce qui démontre encore une fois l’évolution de ce clivage) a obligé le candidat de LREM a complété son programme pendant l’entre-deux-tours et à l’orienter vers des thématiques qui parlent plus à ce type d’électorat. Il a donc dû essayé de nuancer certaines mesures phares de son programme mais jugées plus à droite à l’instar de la réforme autour du Revenu de Solidarité Active (RSA) ou de la rigidité du projet sur la réforme à 65 ans. De plus, jugé assez isolé au sein du palais de l’Elysée pendant son mandat et distant pendant le premier tour, le président sortant avait une durée de temps réellement courte pour travailler sa proximité avec le peuple français, notamment dans les zones où sa côté de popularité était bien inférieure à celle de candidats comme Jean-Luc Mélenchon. Il a donc multiplié les déplacements et a tenu un seul et unique meeting à Marseille le 16 avril. Du côté de Marine Le Pen, ayant déjà effectué de nombreux déplacements au cours de la campagne, il s'agissait davantage de se ressourcer et se préparer minutieusement pour le grand débat d'entre-deux-tours, moment déterminant du deuxième tour depuis 1974.


Le débat de l’entre-deux-tours

Le face à face entre les deux finalistes de l’élection présidentielle est un véritable moment démocratique, qui laisse s’exprimer devant les électeurs différentes visions de la société. C’est un moment à ne pas manquer pour les candidats, bien évidemment sur le fond, mais également sur la forme. Dans le cadre d’une personnalisation toujours plus importante de la vie politique et du développement massif de la culture des médias, le débat de l’entre-deux-tours est le moment clé de la communication et du marketing politique. En effet, au-delà des programmes politiques exposés, au-delà de ce qui relève de l’identification par le rationnel, ce moment est également celui de la mobilisation de l’affect par excellence. Un ressenti plus volatile, plus instinctif. De fait, plus la balance entre la capacité de mobiliser le rationnel et l’affectif est équilibrée, plus le candidat a des chances d’être convaincant. Modéré par les journalistes Léa Salamé et Gilles Bouleau, le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a mobilisé plus de 15 millions de spectateurs mercredi 20 avril, qui ont vu les candidats débattre sur les thématiques suivantes: le pouvoir d’achat, la place de la France à l'international, l’écologie, la guerre en Ukraine, la sécurité, les retraites ou encore les institutions de la Cinquième République. Qui a donc le mieux réussi à défendre son projet et à convaincre les français ? Dans les heures qui ont suivi le débat, l’opinion publique (au sens large) semblait converger vers un président-candidat en supériorité dans la connaissance des dossiers mais à l'attitude arrogante et à la posture inadaptée. Marine Le Pen, elle, a donné l’impression de se débrouiller bien mieux qu’en 2017 mais de s’être quand même faite dominée par son adversaire. Les résultats de l’enquête menée par IPSOS sont encore une fois intéressants à cet égard. Si en 2017, 56 % des personnes interrogées affirmaient que la prestation de la candidate pendant le débat les a inquiétés, ce taux passe à seulement 35 % en 2022. De la même manière, quand un taux de 13 % affirmait en 2017 que Marine Le Pen les avait rassurés pendant le débat, celui-ci passe aujourd’hui à 27 % contre 25 % pour Macron, ce qui témoigne de l’amélioration de son image et de sa capacité à convaincre depuis. Cependant, des instants-clés du débat ont semblé donner l'avantage à la République en Marche: faux départ, confusion de données économiques par Marine Le Pen, mise en avant des emprunts aux banques russes par le Rassemblement National dans un contexte international tendu… La candidate a dû continuer de se défendre comme elle le pouvait, cela a-t-il été suffisant ?


Les résultats du second tour

En obtenant 58.6 % des voix contre 41.4 %, Emmanuel Macron deviendra donc le premier président sous la Cinquième République à effectuer deux quinquennats à la suite. Le taux qui le sépare de Marine Le Pen n’est plus que de 17.2 %, alors qu’il était de 32.2 % en 2017, soit presque le double. Cet écart considérable témoigne encore une fois d’un profond changement du climat qui pèse dans la société, résultat à la fois du premier quinquennat de Macron et de la banalisation des courants d'extrême droite dans le champ politico-médiatique. Au second tour, le taux d’abstention très élevé, ayant touché plus de 28 % des électeurs (contre plus de 26% pour le premier tour), est un indicateur clair du sentiment de crise de la représentation politique en France. De même, l’ensemble des votes nuls et des votes blancs représentent plus de 6% des voix. En couplant celui-ci à ceux ayant voté pour Emmanuel Macron pour contrer Marine Le Pen (42% selon IPSOS), Adrien Quatennens, sur le plateau de BFMTV, a réitéré face à la journaliste Apolline de Malherbe qu’Emmanuel Macron est “le président le plus mal élu depuis 1969”, étant le détenteur d’un “projet d’une brutalité sociale sans nom.” C’est une position qu’avait déjà défendu Jean-Luc Mélenchon le soir même des résultats, en soulignant la “contrainte d’un choix biaisé” qui accompagnera de nouveau une “monarchie présidentielle” pendant les cinq années à venir, bien que soulagé que l’extrême droite ne soit pas parvenue à accéder au pouvoir. La prise de parole d’Emmanuel Macron, quelques instants après l’annonce de sa réélection a fait référence plusieurs fois à ces facteurs. Le président, acclamé par une foule lui scandant “Et un, et deux, et cinq ans de plus!”, et après avoir remercié les français, effectue quelques clarifications. Appelant à ne pas siffler les militants du Rassemblement National, il rappelle qu’il n’est plus “le candidat d’un camp mais le président de toutes et tous.” Parallèlement, il assure avoir conscience du taux révélateur d’abstention et du barrage qui a été fait à Marine Le Pen via un vote pour sa personne, il fait donc la promesse que “cette ère nouvelle ne sera pas la continuité de ce quinquennat qui s'achève". Assez convaincant pour l’opposition? Pas suffisant, pour elle, l’espoir est plus à mettre dans les prochaines élections législatives que dans un changement de politique du président réélu.


Le défi des législatives

Pour beaucoup de français déçus par l’issue du scrutin, les journées du 12 et du 19 juin s’annoncent décisives. Ce sont en effet les dates qui permettront d’élire les 577 députés de l’Assemblée Nationale, dont la majorité dégagée déterminera le Premier ministre ainsi qu’une partie importante des politiques mises en place pendant le quinquennat. Si la succession rapide des élections présidentielles et législatives rend la probabilité d’une cohabitation assez faible, cela n’est pas pour décourager les perdants de l’élection écoulée. En effet, bien que la victoire du prestigieux titre présidentiel échappe pour la troisième fois au Rassemblement National, cette fois-ci encore plus étroitement, Marine le Pen estime que le score obtenu par le parti est une “victoire éclatante”. Elle ajoute peu après : “nous lançons dès ce soir la grande bataille électorale des législatives.” Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est “le troisième tour” qui commenceait dès ce soir-là. Une lutte donc, presque plus importante que celle des élections présidentielles, menée entre les différentes sensibilités politiques, et qui aura pour issue le renforcement ou le contre-pied des politiques souhaitées par le président de la République. Une alliance entre La France Insoumise et Europe Écologie Les Verts a déjà été conclue, Eric Zemmour quant à lui a appelé à une union des droites. En effet, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen envisagent déjà avec beaucoup de sérieux le poste de Premier Ministre. Seul le temps sera en mesure de nous dire ce qu’il en conviendra.



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