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Le monde rural en Afrique face aux changements climatiques, la difficulté de se financer

Camille Traversaz

October 25, 2026

Le réchauffement climatique, enjeu majeur du 21e siècle, est un phénomène planétaire. Pourtant toutes les régions du monde ne sont pas logées à la même enseigne lorsqu'il s'agit d'avoir accès à des fonds. Entre disparités de ressources, manque de confiance des investisseurs et difficultés économiques, les communautés africaines doivent trouver des solutions afin d'accéder aux flux financiers nécessaires au maintien de leur mode de vie.


L'Afrique, grande de près de 30 millions de km², peuplée d'environ 1,6 milliard d'habitants, ne représentait en 2020 qu'environ 4 % des émissions mondiales de CO2. Néanmoins, tous ne polluent pas autant : ainsi quatre pays à eux seuls – l'Égypte, l'Afrique du Sud, l'Algérie et le Nigeria – sont responsables de plus de la moitié des émissions de CO2 du continent africain. Malgré ce faible taux d'émissions, l'Afrique est particulièrement sensible aux changements climatiques, comme le montre le classement de 2024 du ND-GAIN. Plus dépendantes de l’agriculture et donc du climat, les populations rurales sont particulièrement touchées. Tous les pays africains ne sont pas impactés par les mêmes phénomènes climatiques, l'Afrique du Nord et australe sont davantage sujettes à d'importantes sécheresses tandis que l'Afrique de l'Ouest et de l'Est pourraient observer une hausse du taux d'humidité. 


En 2025, La Scraping Agency, dont les données sont basées sur celles de l'ONU, relevait que plus de la moitié de la population africaine vivait en zone rurale. Là encore, tous les pays ne suivent pas la même dynamique : le Niger observe un taux relativement élevé avec près de 81 % d'habitants en zone rurale, quand le Nigeria est lui autour de 36 %. 


L'évolution du climat, ainsi que la prédominance de la population rurale en Afrique, rend le continent particulièrement vulnérable. Les ressources financières afin d'accompagner les acteurs ruraux sont donc essentielles. Or celles-ci ont parfois du mal à atteindre les villages et restent insuffisantes, surtout dans le domaine de l'adaptation. Il faut ainsi garder à l'esprit que les pays africains font face à des situations diverses. L'étendue du continent, la pluralité de ses climats et les différences sociales et politiques entre pays ne sont pas à négliger.


Un secteur privé réticent


De nombreuses simulations permettent aujourd'hui de prévoir approximativement l'évolution du climat dans les prochaines années. Néanmoins, les projections ne prennent pas en compte tous les facteurs climatiques, les effets sont donc difficilement quantifiables, surtout sur le long terme. De cette imprécision globale découle également une imprécision régionale. Un article du CNRS publié en 2013 intitulé Changement climatique : évidences et incertitudes explique que les prévisions régionales dépendent des prévisions globales, qui sont elles-mêmes incertaines. De plus, les frontières des événements météorologiques sont parfois imprécises, ce qui complique les prévisions fiables pour une zone géographique réduite. De fait, certains aléas météorologiques, comme une importante sécheresse ne peuvent être prédits à l'avance de façon fiable. Cette incertitude concernant l'évolution de l'environnement impacte l'investissement du secteur privé, pourtant essentiel pour son expertise et son financement des initiatives locales.


Le manque de précision des modèles de prévision climatique impacte les financements privés car les entreprises cherchent à investir là où il y a le moins de risque de perte. En investissant dans certains domaines, elles attendent un retour chiffré, leur permettant ainsi de mesurer l'impact qu'elles ont sur le court terme. Aujourd'hui les investissements sont donc, dans la plupart des cas, dépendants du secteur public.


Des investissements privés tournés vers l'atténuation, au détriment de l'adaptation


Le rapport datant d'août 2025 rédigé conjointement par l'Union africaine et Global Health Strategy intitulé « Comprehensive study on climate adaptation interventions in Africa “ relève que ces financements priorisent des investissements là où « les flux de revenus sont plus prévisibles et les rendements plus immédiats ». De fait, la tendance est aux investissements majoritairement dans l'atténuation (résultats plus immédiats et visibles) plutôt que dans l'adaptation, notamment dans le secteur des énergies renouvelables. De fait, en 2025, moins de 2 % du financement pour l'adaptation.


L'adaptation s'avère pourtant essentielle pour les paysans car elle répond davantage à leurs besoins quotidiens. vient de sources privées.


 La fiche d'apprentissage « Enseignements tirés d'un atelier de réflexion sur l'adaptation menée à l'échelle locale en Afrique », publiée en juillet 2026 dans le cadre du programme de « Réseau de connaissances sur le climat et le développement (CDKN) », le confirme d'ailleurs. Elle relève que les participants « ont souligné la nécessité d'un financement prévisible, à long terme et flexible », ce qui n'est pas toujours le cas, du fait du manque d'acteurs privés engagés sur le long terme et de la versatilité des flux.


Toutefois, ces résultats doivent être considérés avec précaution. Certains pays, du fait de leur développement économique et industriel, s'inscrivent dans une dynamique inverse : le financement privé est alors majoritaire. Selon une étude du Climate Policy Initiative (CPI), en Afrique du Sud, entre 2019 et 2021, 86 % des financements proviennent du secteur privé. D'autres pays comme le Kenya (41 %) et le Nigeria (30 % en 2022) s'inscrivent également dans cette dynamique. À l'inverse, au niveau du continent, le rapport « Landscape of climate finance in Africa » de 2024, également publié par le Climate Policy Initiative, montre que 18 % des financements globaux viennent d'acteurs privés en 2021-2022. Ainsi, les flux financiers en direction d'un pays ne dépendent pas seulement de la situation géographique du territoire mais aussi de sa capacité à les attirer.


La difficulté d'accéder aux fonds publics et internationaux


La plupart des villages africains rencontrent également des obstacles pour accéder aux investissements publics ou internationaux, alors qu'ils en ont nécessairement besoin pour adapter au mieux leur mode de vie. Une organisation trop « verticale » rend la gestion de ces flux complexe et parfois lente.


À ces difficultés de gestion s'ajoute le manque de fonds. Selon le Climate Policy Initiative, les financements mobilisés en Afrique entre 2021 et 2022 ne couvraient que 23 % des besoins annuels nécessaires à la mise en œuvre des objectifs fixés dans le cadre de l'accord de Paris. De plus, le rapport du Global Health Strategy (GHS), coécrit avec l'Union africaine (UA), indique que le continent recevait moins de 10 % du total des financements globaux pour l'adaptation en 2025. Parmi ces 10 %, moins de 20 % atteignent les acteurs locaux.


Réinventer les systèmes bancaires


Pour pallier ces problèmes de gestion, des solutions ont émergé. Plusieurs programmes ont vu le jour, permettant un partage des risques, un meilleur suivi local des conditions météorologiques, et une gestion plus horizontale des fonds. Une réinvention des systèmes d'assurance à plusieurs échelles, basée sur l'étude du climat par des données obtenues en temps réel, est aujourd'hui implantée dans différents pays, visant différents acteurs.


À petite échelle, on assiste à la mise en place d'assurances pour les agriculteurs. Les assurances classiques évaluent individuellement, par l'intervention d'un tiers, les pertes réelles subies par les agriculteurs. Le système d'assurance indicielle permet, au contraire, à l'assuré de définir les paramètres du déblocage des fonds avec la partie assurante. Celle-ci ne dépend donc plus d'une évaluation des pertes, mais est déterminée par des critères préalablement établis – un certain seuil de sécheresse par exemple –, qui sont mesurés à partir de données climatiques ou satellitaires. Ce modèle d'assurance est d'ailleurs moins coûteux car il évite l'intervention d'un tiers sur le terrain.


À l'échelle étatique, l'initiative de l'Africa Risk Capacity, agence spécialisée de l'Union africaine, notamment suivie par le Kenya, fait un usage similaire des modèles climatiques. De plus, son Replica Program permet à des ONG de bénéficier également d'un accès à des financements. En souscrivant à un contrat Replica, elles dépendent des mêmes conditions de déblocage de fonds – même risque et mécanisme de déclenchement – que l'État auprès duquel elles s'engagent. Les ONG ont alors la possibilité de se mobiliser en parallèle de l'État souverain.


Leur efficacité est tout de même discutée. Les données révélées sont imprécises, les gouvernements préfèrent parfois investir dans la recherche autour des modèles, au détriment des subventions directes, les assurances sont pensées comme une réponse aux catastrophes naturelles, et ne prennent pas en compte les épisodes météorologiques de basse intensité. De plus, des assurances semences peuvent être des alternatives viables pour les agriculteurs à plus faible revenu.


Ces changements dans le système financier permettent en effet de réagir mieux et plus rapidement en cas de besoin. Néanmoins la dimension humaine est trop souvent mise de côté, même au sein des nouveaux systèmes financiers. Bien que les localités africaines soient résilientes, les difficultées auxquelles elles sont confrontées sont un frein majeur qu’il faut prendre en compte afin de mieux répartir les ressources à l'avenir.


Photo Source: International Center for Biosaline, Agriculture 2024

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